Représentation artistique du nu

Publié le par Oriane

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Une sculpture de la Renaissance: le David de Michel-ange


 En art, le nu désigne la représention du corps humain nu. Le terme « nu », en tant que thème artistique, appartient au vocabulaire des Beaux-Arts depuis le XVIIe siècle. À travers l'histoire il fut le miroir des implications psychologiques, philosophiques et esthétiques du corps dans des sociétés données; cet exercice constamment renouvelé est une tentative qui, par une voie sensible, définit l'être humain, souvent dans son acception « naturelle ».

 

Plutôt que le sujet représenté lui-même, c'est une forme d’art qui essaie de recréer une image du corps humain, tout en respectant les exigences esthétiques et morales de l'époque, à travers la peinture, la sculpture ou maintenant la photographie. Depuis la préhistoire, la représentation de corps nus est un des thèmes majeurs de l'art.

 

Le nu de la préhistoire

 

L'évolution de l'être humain s'est accompagnée d'un éloignement progressif de l'état de nature, notamment par l'habillement qui est propre à l'être humain. On peut voir dans la représentation de l'être humain nu, c'est-à-dire réduit à sa nature même d'être charnel, la volonté implicite de retrouver ses origines ou de trouver des réponses à une existence complexe.

La première apparition de la nudité dans les arts est concomitante à celle de l'art lui-même. Les œuvres picturales et sculptées nous ont renseignés sur le rapport que les hommes de cette époque avaient avec leur corps. Un des meilleurs exemples en est la représentation de la femme et de la femme enceinte. La plupart du temps, elles sont potelées et fortes, symboles de fécondité et d'opulence : ce genre de représentation peut être interprété comme une démarche mystique afin de s'attirer ces dites fécondité et opulence (art et croyance étant alors très liés). De plus, beauté et survie étaient fortement associées : comme chez les animaux, le partenaire le mieux portant, celui en meilleure santé était celui qui avait le plus de chances de survivre et d'être le meilleur géniteur.

Dans les représentations de femmes, le visage et les détails sont minimisés alors que les seins, le ventre (fécond) et le sexe sont accentués, exagérés. Certains neurologues estiment que le cerveau humain (comme celui de certains animaux) est attiré par les exagérations ; ceci expliquerait ce genre de représentations primitives ainsi que l'attrait du public pour certaines œuvres d'art (exagérées) plutôt que pour d'autres. Des représentations exagérées de certaines parties du corps font aussi leur apparition (principalement des phallus). L'exagération peut aussi être simplement comprise comme le moyen premier et volontaire d'indiquer l'importance d'un élément.

Dans son discours pour la séance publique annuelle du 24 novembre 2004 de l'Académie des Beaux-Arts (dont le thème était cette année là « le nu ») le secrétaire perpétuel Arnaud d'Hauterives fit remarquer qu' « à l’exception de quelques statuettes de Vénus préhistoriques comme celle de Willendorf, aux seins pesants et aux hanches démesurées, à l’exception de quelques représentations schématiques de chasseurs sur les parois des grottes, les premiers nus de l’histoire de l’Art sont grecs, et ce sont des hommes. »

L'Antiquité

L'art se développe dans l'Antiquité en même temps que les civilisations et l'apparition de l'écriture. Les thèmes et les courants artistiques se diversifient selon les civilisations.

En Égypte tout d'abord, la représentation est très codifiée (traduisant probablement un besoin d'ordre social). Les corps sont représentés suivant un schéma de proportions précis ; les artistes utilisaient une grille de proportions avant d'exécuter le dessin, ce qui donne une uniformisation des représentations dans tous les lieux (temples, tombes, palais) et dans le temps (sur une période de plusieurs siècles, il n'y a pas de changement majeur). Les représentations de corps habillés sont alors prédominantes (du moins dans les peintures religieuses et officielles).

À l'inverse de la codification et de l'ordre égyptien, apparaissent plus tard l'art grec puis romain. Les grecs porteront une grande attention au corps, surtout masculin, à son entretien et à la beauté, perçue comme sacrée. Entre les kouros archaïques, qui rappellent les poses égyptiennes hiératiques, et la sculpture hellénistique qui frise le portrait, de nombreux artistes ont fixé les canons du nu masculin. Leurs dieux deviennent anthropomorphes et, au fil du temps, leurs représentations charnelles sont de plus en plus précises.

Les artistes grecs étudient de façon minutieuse l'anatomie et les proportions, et les représentations figées font place à des images de plus en plus réalistes. Générations après générations, les parties du corps sont fidèlement reproduites. On s'attache alors au mouvement et aux poses plus naturelles. Pour cela, on évite la symétrie des mouvements (par le contrapposto). Les représentations d'Apollon, Vénus et autres modèles grecs par ces artistes ont ainsi imposé leurs canons de beauté et d'harmonie, qui seront redécouverts et glorifiés par les artistes de la Renaissance.

Les efforts anatomiques et la progression des techniques de sculpture amènent alors une amélioration du réalisme dans la représentation du nu. On note toutefois par la suite un retour à l'instinct naturel d'exagération du corps. Les artistes mettent en valeur certaines parties et certains muscles, et en minimisent d'autres (le canon du petit pénis en est un exemple flagrant, la disparition de la fente vulvaire en est un autre, celle-ci restant cependant couramment présente dans la sculpture indienne, par exemple). Les statues ou décors de poterie comportant une représentation de phallus en érection, d'une taille surdimensionnée, assez courante à l'époque, sont dites ithyphalliques. On retrouvera ces représentations plus tard chez des peintres japonais comme Hokusai ou Tsukioka Settei. Concernant les femmes, lorsque les fesses sont particulièrement mises en valeur, une statue est dite callipyge (qui a de belles fesses).

 Fichier:Berlin Painter Ganymedes Louvre G175.jpg                                                                                                                                                                                                 

Ganymède, vase grec Ve siècle av. J.-C.

 

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