La mariée est trop grande - Conte Juif de Tunisie

Publié le par Oriane

La fête battait son plein. La mariée se tenait, immobile… comme une mariée. Assise sur son trône élevé, parée, fardée, attifée comme une poupée, tellement chargée de robes et de bijoux que tout mouvement lui est difficile, la mariée attend. C'est une belle et grande femme…un peu trop grande peut-être.
Enfin vient le moment de se retirer et d'aller dans la nouvelle maison avec son mari. On va en procession, la jeune femme escortée de toute la gent féminine, la mère consolant sa fille et la fille consolant sa mère, les matrones poussant des youyous… le cortège arrive devant la porte de la nouvelle demeure, mais ô stupeur, la mariée est bien trop grande ! Impossible de lui faire passer la porte ! Ou alors, c'est la porte de la maison qui est trop basse ! On s'émeut, on s'interroge, on se consulte ! Comment résoudre ce problème ? Chacun y va de son conseil :
– Il faut démolir le linteau de la porte !
– Il faut couper la tête de la mariée !
– Non, lui couper les jambes !
On s'échauffe, on s'énerve, la mariée pleure et re-pleure.
À ce moment passe Ch'ha. Il observe la scène. Et puis il s'avance et brusquement, il donne un coup sur la nuque de la pauvre fille qui baisse la tête et est projetée en avant. Elle passe ainsi la porte ! C'est le délire ! Les youyous reprennent ! on porte Ch'ha en triomphe !...

Quand on ne trouve pas une solution simple à un problème simple on dit :
                        Bab eddar ksir ou el aroussa touila
La porte de la maison est trop basse et la mariée est trop grande.

 

 

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