La magie vaudou

Publié le par Oriane

                                                                  

En magie noire contre les gêneurs, on emploie de fortes doses de calomel, du vitriol et de l'arsenic. Le contenu de ses bouteilles est destiné à des frictions sur tout ou partie du corps, ainsi Uranie explique : “Le houngan a équipé une bouteille pour que la goule ne boive pas mon enfant, il a mis de l'indigo, de l'ammoniaque, du jus de répugnance, de la mort-aux-rats diluée, du jus de manioc amer, du fiel de boeuf et de la graine d'acajou rapée”. Il est évident que pour nous européens, les rites vaudou de magie noire restent ceux qui ont le plus marqués l'imagination, ils ont servis à alimenter les scénarios de cinéma et sont à la base d'une importante littérature.

Cette catégorie se nourrit de maléfices, de rituels de sang, de sacrifices d' animaux, mais, cela peut aller jusqu' au sacrifice humain, voici un témoignage receuilli par Jean Kerboul qui nous narre un exemple arrivé au sein de la société secrète “Les Diables” réputés mangeurs de chair humaine : “Philistin voit ses affaires aller à vau-l'eau, en dépit de tous ses efforts. Il rencontre Ovilma, lui parle de ses problèmes, celui-ci, lui promet de l'aide s'il est prêt à de gros sacrifices et garde le silence. Ils voyagèrent une journée entière à cheval afin de se rendre dans un lieu ”hanté”, à la nuit les deux compères arrivent. Une bande d'hommes est rassemblée dans une maison sise au milieu de la forêt. Tout le monde passe à table, le novice auprès de son parrain, en face d'un homme qui paraissait le chef de la réunion. Son camarade avait dit à Philistin de l'imiter en tout, et voici que quatre hommes arrivent avec un lourd plateau qu'ils déposent sur la table. C'était le corps d'un homme avec sa tête, qu'un Landru avait cuit au four, juste grillé comme un poisson. Ovilma donne sa part à Philistin. Celui-ci saisi d'horreur, ne parvenait pas à manger la moindre bouchées. Le chef se lève alors et le conduit dans une pièce voisine, sans doute pour le réconforter. On lui tend un verre de vin : il va le boire, mais c'était du sang frais de la victime et il ne peut, cette fois encore vaincre sa répugnance. C'en était trop, on ferme la porte de communication : il était prisonnier de la société et son tour allait arriver”.

La notion de rachat et de vente de personnes est aussi très pratiquée, en effet, il arrive fréquemment que l'on vende quelqu'un, cela correspond le plus souvent à un procédé criminel, après s'être procuré un objet appartenant à cette personne, on l'apporte au bokô à qui l'on donne généralement un prix de vente élévé, l'arrêt de mort est signé, le magicien se charge du reste : “Quelqu'un m'avait mise à bout, le bokô m'a dit : “apporte-moi une poule ainsi qu'un pantalon bleu du type”. Il m'a donné un morceau de poule avec de la banane-plantain. Je ne sais au juste comment, mais le type en question est mort”. On peut se vendre au Baron au cours d'une cérémonie afin d'attirer ses grâces, Anucie raconte : “Toute la famille s'est retrouvée au cimetière, le magicien a passé une poule sur l'assistance, a pris les ongles de la bête, a grillé un poisson, il a pris une touffe de cheveux au ras de la tête de chacun, des rognures d'ongles, puis il a fait coucher tout le monde, a mis les noms sur un cahier, tous étaient rachetés au Baron. 

                                              

Une autre croyance, certifiée par des prêtres haïtiens, est la transformation de certains fidèles en loup-garou, créature mi-vampire, cannibale à certaines occasions, dans la plupart des cas ces monstres seraient des vampires femelles qui agiraient la nuit, elles attaqueraient surtout les bébés qu'elles videraient de leur sang, il existe un nombre important de légendes qui attestent la véracité de ses métamorphoses, voici l'exemple que raconte un haïtien cultivé :”Edner Mondésir, flânait le soir dans les ruelles mal éclairées d'un village, quand un petit cochon vint se mettre sur son passage. Il lui décocha un coup de pied. Ce n'était pas, hélas un cochon ordinaire, et, comme fasciné, le jeune homme dut suivre la bête qui l'entraîna hors des limites de l'agglomération. Désespéré, il se rappela fort heureusement une oraison que son arrière-grand-père lui avait apprise et qu'il se mit en devoir de réciter aussitôt. L'effet fut immédiat et le prétendu cochon, un baka, prit forme humaine. L'homme lui dit : Mon cher, je ne vous ferai pas de mal, je vous demande juste de me donner une paire de gifles.

Edner, déjà réconforté par l'efficacité de son oraison, obéit. L'homme reprit sa forme animale et s'enfuit dans les fourrés, tandit qu'Edner s'empressait de regagner son domicile. En se réveillant le lendemain, notre héros se sentit tout fiévreux et mal à l'aise. Un jeune homme qu'il connaissait fort bien vint lui rendre visite dans la matinée : C'est bien moi qui vous ai mis à l'épreuve hier soir. Avalez cette pastille et votre fièvre va tomber. Je vous demande seulement de ne pas révéler mon nom”. Un autre aspect marquant du vaudou est certainement la “fabrication du zombie”, alors qu'il y a encore quelques décennies, celui-ci était un mort-vivant, le voile a été en partie levé grâce à un brillant ethno-botaniste Wade Davis qui a fait une étude sur le vaudou et sur le poison à zombie, en fait, le zombie serait un humain qu'un houngan aurait drogué à l'aide d' une poudre qui annihilerait toutes ses réactions, cette poudre pourrait aussi être soufflée sur le visage. Cette mixture très compliquée contiendrait des ossements humains, des lézards, des crapauds séchés, un Bufo marinus, un ver polychètes, des plantes y seraient rajoutées, une sorte d'albizzia, un poisson globe qui contient de la tetrodotoxine, celle-ci provoque une paralysie qui entraîne une immobilité totale durant laquelle la frontière entre la vie et la mort devient incertaine : on fait griller les animaux, on place le tout dans un mortier pour réduire ce mélange en poudre et on le tamise. Cette drogue a pour effet d'abaisser le métabolisme humain, ce qui leur donne l'apparence de la mort.

Il y a encore quelques années, lorsque l'on constatait la mort, l'inhumation était trés rapide, souvent l'enterrement avait lieu le jour du décès, il était alors très simple pour le houngan de venir la nuit déterrer et réanimer la victime. Le but d'une telle pratique étant de faciliter l'enlèvement d'une personne , soit dans le but de la réduire à l'esclavage, soit dans le but de lui voler ses biens. De nos jours, le vaudou est resté très populaire à Haïti, à ces rites de croyance profonde, s'ajouttent un “vaudou touristique”, où de nombreux étrangers paient des sommes assez importantes pour assister à des cérémonies qui tiennent plus du spectacle que de la foi, mais peut-on blâmer la population très pauvre d'essayer de tirer parti d'une coutume qui finalement laisse aux touristes en mal de sensations fortes des souvenirs colorés.

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