Herta Muller

Publié le par Oriane

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Herta Müller, née le 17 août 1953, est une romancière allemande d'origine roumaine, lauréate du prix Nobel de littérature en 2009. Allemande du Banat, née à Niţchidorf, alors village germanophone du judeţ de Timiş, dans la région de Timişoara, elle a émigré en Allemagne en 1987, fuyant la dictature de Nicolae Ceauşescu. Ses œuvres, qui évoquent le sort malheureux des minorités allemandes de sa région natale, ont d'ailleurs dénoncé les injustices du régime communiste roumain. Ses deux premiers livres (Niederungen et Drückender Tango), parus à Bucarest avant la chute du régime, ont été censurés. En Allemagne, H. Müller est considérée comme faisant partie de la Weltliteratur (la « littérature du monde »).

Herta Müller est née Souabe du Banat, minorité allemande de Roumanie vivant dans cette région. Son grand-père était un riche fermier et homme d'affaires exproprié par le régime communiste d'après-guerre. Sa mère est déportée en URSS et y passe plusieurs années dans un camp de travaux forcés du Goulag. Son père, ancien soldat de la Waffen-SS, gagne sa vie comme chauffeur de camion.

Après l'école secondaire, Herta Müller étudie les littératures germanique et roumaine à l'université de Timişoara.

À partir de 1976, elle travaille comme traductrice dans une usine de machines, mais est licenciée en 1979 après son refus de coopérer avec la Securitate, la police secrète roumaine. Elle gagne alors sa vie comme enseignante temporaire dans des écoles – entre autres le lycée germanophone Nikolaus Lenau de Timişoara - et dans les écoles maternelles ayant des cours privés d'allemand. Dans les années 1970, elle est proche de l'Aktionsgruppe Banat, un groupe d'intellectuels roumains d'origine allemande qui était surveillé de près par la Securitate. Elle fait aussi partie du cénacle littéraire (Literaturkreis) Adam Müller-Guttenbrunn, cénacle affilié à l'Association des écrivains de Timişoara (Asociaţia Scriitorilor din Timişoara).

Son premier livre, Niederungen (Bas-fonds) est publié en 1982, mais est censuré, comme toutes ses autres publications parues en Roumanie avant la chute du régime communiste. Deux ans plus tard, peu de temps après la publication de son deuxième livre en Roumanie, Niederungen est publié en version intégrale en République fédérale d'Allemagne. La réaction des autorités communistes roumaines est sévère : Herta Müller se voit interdire le droit de publier en Roumanie.

En 1987, Herta Müller émigre avec son mari, l'écrivain Richard Wagner, en République fédérale d'Allemagne. Les années suivantes, elle obtient plusieurs postes d'enseignante comme écrivain « en résidence » dans des universités allemandes et étrangères.

En 2005, elle est professeur invité à la chaire « Heiner Müller » de l'université libre de Berlin, où elle vit aujourd'hui. Au cours de la même année, elle publie son premier livre écrit en roumain (le volume de poésie-collage Este sau nu este Ion, Iaşi: Polirom).

Herta Müller a été membre jusqu'à sa démission en 1997, du PEN club d'Allemagne. Depuis 1995, elle est membre de l'« Académie allemande pour la langue et la littérature » (Deutsche Akademie für Sprache und Dichtung).

En 2008 a eu lieu un débat de politique intérieure concernant la participation de l'historien Sorin Antohi et du germaniste Andrei Corbea-Hoisie à une réunion de l’« Institut culturel roumain de Berlin » du 25 juillet 2008, car tout les deux avaient été des informateurs de la Securitate.

Herta Müller a critiqué l'invitation dans une lettre ouverte. Dans le cadre de cette polémique, l'historien, philosophe et homme de lettres Carl Gibson, lui aussi natif du Banat, l'a attaquée en lui reprochant dans son livre Symphonie der Freiheit (Symphonie de la liberté) le système de loyauté sous le régime Ceauşescu.

Dans un article paru dans l'hebdomadaire Die Zeit le 23 juillet 2009 et intitulé « La Securitate est toujours en service », Herta Muller décrit à quelles mesures « pour le compromis et l'isolement » elle a été soumise par les services secrets roumains et l’est encore aujourd'hui. Les dossiers da la Securitate indiquent comment sa critique infatigable vis-à-vis de la dictature Ceauşescu devait être rendue peu digne de foi par des mesures prises pour la discréditer. Ainsi, des lettres forgées par la Securitate ont été envoyées à des stations de radio allemandes, dans lesquelles elle était accusée d’en être un agent. En outre, ils ont accusé des personnes dirigeantes de la Communauté des Souabes du Banat, d’être des collaborateurs informels de la Securitate, au nom du Parti communiste roumain.

En 2009, son roman Atemschaukel publié grâce à une bours de la Fondation Robert Bosch, est nommé pour le Prix du livre allemand, et atteint la finale des six meilleurs romans: dans ce livre, l'auteur retrace le parcours d'un jeune homme dans un camp du Goulag soviétique, exemple du sort de la population allemande de Transylvanie après la Seconde Guerre mondiale. Elle dit s’être inspirée de l'expérience du poète Oskar Pastior, décédé en 2006 et lauréat du prix Georg-Büchner, dont elle avait consigné les souvenirs oraux dans plusieurs cahiers.

Le 8 octobre 2009, elle reçoit le prix Nobel de littérature pour l'entièreté de son œuvre « qui, avec la concentration de la poésie et l'objectivité de la prose, dépeint les paysages de l'abandon. »
                                                         
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Bien qu'H. Müller n'ait pas parlé publiquement depuis longtemps des personnes ou des livres qui l'ont influencée sur le plan littéraire, elle a attribué ses racines à d'autres sources. La plus importante d'entre elles serait ses études universitaires en littérature allemande et roumaine. En comparant les deux langues, elle relève qu'un concept simple, comme une étoile filante peut être interprétée de façon différente. « Nous ne parlons pas seulement de mots différents, mais aussi de différents mondes. [Par exemple] les Roumains voient une étoile filante et disent que quelqu'un est décédé, alors que les Allemands font un vœu lorsque ils voient une étoile filante ». H. Müller poursuit en disant que la musique folklorique roumaine occupe une place particulière dans son cœur. « Quand j'ai entendu Maria Tanase, elle sonnait incroyablement pour moi, c'est alors la première fois que j'ai vraiment ressenti ce que signifie le folklore. La musique folklorique roumaine est liée à l'existence d'une façon très significative ».

Une autre importante source d'influence serait l'époux d'Herta Müller, Richard Wagner. Leur vie a des parallèles considérables: tous deux ont grandi en Roumanie et ont entrepris des études littéraires en allemand et en roumain à l'université de Timişoara. Leurs études terminées, ils travaillent comme enseignants en langue allemande, et sont membres de l'Aktionsgruppe Banat, une société littéraire qui s'est battue pour la liberté d'expression. Comme sa femme, R. Wagner est un romancier et essayiste publié.

L'implication d'H. Müller avec l'Aktionsgruppe Banat aurait également influencé la hardiesse avec laquelle elle a écrit, en dépit de sa connaissance des menaces et des difficultés qu'elle subirait de la police secrète roumaine En outre, alors que ses livres sont des fictions, elle les base sur des évènements réels de la vie et des gens. Ainsi, l'un des personnages de son roman de 1994, Herztier est basé sur un ami proche de l'Aktionsgruppe Banat. Ce roman a été écrit après la mort de deux amis dans laquelle Herta Müller soupçonne l'implication de la police secrète.

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