Delacroix au Maroc

Publié le par Oriane

Son guide, Abraham Benchimol, doit sans cesse le mettre en garde et l'empêcher de dessiner en certains lieux.

À Meknès, où la délégation doit être reçue par le roi du Maroc au début du mois de mars, Delacroix est confronté à l'agressivité de la foule et connaît quelques désagréments. " L'habit et la figure de chrétien sont en antipathie à ces gens-là au point qu'il faut toujours être escorté de soldats [...] impossible de dessiner ostensiblement d'après nature, même une masure; monter sur la terrasse vous expose à des pierres et des coups de fusils. La jalousie des Maures est extrême et c'est sur les terrasses que les femmes vont ordinairement prendre le frais. " Dans cette ville, il est cependant accueilli dans une petite synagogue pour peindre des juives qui acceptent de poser pour lui. Pour satisfaire aux exigences du peintre, le vice-consul de France, Jacques Denis Delaporte, et Charles de Mornay parviennent même à rassembler dans le plus grand secret quelques Marocaines pour la pose!

Au cours de son périple vers Meknès, Delacroix est frappé par les Laab el barode, ces fantasias spectaculaires données en l'honneur des hôtes du royaume pour ponctuer leur trajet et les divertir. Cavalcades, "ballets bigarrés de burnous, de caftans et de capes", éblouissants cavaliers brandissant leurs sabres flamboyants, dans un tournoiement d'étendards et de " draperies voligeantes " (2). Les salves de fusil laissent derrières elles de longues traînées de poudre et de fumée ... Rien ne semble avoir davantage marqué l'imagination du peintre, dont l'oeuvre fait continuellement écho à ces jeux de poudre.

 

Le peintre admire à Meknès "les murailles fauves" qui étreignent la cité.

Après son voyage, Delacroix fait jaillir sur la toile l'exaltation et la démesure qu'il a passionnément vécues au Maroc. En témoignent des toiles comme La Prise de Constantinople par les croisés (1840), Le Choc des cavaliers arabes, le Combat du Giaour et du pacha (1856) et Chevaux arabes se battant dans une écurie (1860), ou encore l'Attila et les Barbares foulant aux pieds l'Italie et les arts de la bibliothèque du Palais-Bourbon, et l'Apollon vainqueur du serpent Python du plafond du Louvre. Encore tout étourdi par ces carrousels tonitruants, Delacroix admire à Meknês " les murailles fauves " étreignant la cité sous un " ciel changeant légèrement azuré, à la Paul Véronèse". Il parcourt aux abords de la ville les chemins serpentant au milieu des vergers et des massifs de lauriers roses de l'oued Boufekrane. "C'est furieusement de l'Afrique à présent" écrit-il, ébloui par la violence et le tumulte frénétique des mille fantasias et barouds d'honneur qui précèdent la fastueuse audience impériale. Au Maroc, Delacroix se constitue un riche répertoire d'images, de paysages et de couleurs où il n'aura de cesse de puiser, jusqu'à sa dernière heure. En raisons d'incommodités diverses, puisqu'il est bien difficile de dresser un chevalet en pleine rue, dans le brouhaha et l'animation incessante, et d'exécuter les nombreux et délicats préparatifs que necessite une peinture à l'huile, il n'a pas le loisir de peindre une seule toile durant son périple en terre nord-africaine.

 

 

 

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