L'Apocalypse selon Maalouf

Publié le par Oriane

L'Apocalypse selon Maalouf

par Thierry Gandillot


 La quête millénariste d'un Libanais sceptique, de Gibelet jusqu'à Londres, en 1666. Crédible et... incroyable

Année 1666, année de l'Antéchrist. Parce que Jean a écrit au treizième chapitre de l'Apocalypse: «Que celui qui a l'intelligence compte le nombre de la Bête. Car son nombre est un nombre d'homme et son nombre est six cent soixante-six», partout les prophètes de malheur sillonnent les routes, haranguent les foules en prédisant l'anéantissement du monde. A Gibelet, dans l'actuel Liban, Baldassare Embriaco, négociant en curiosités et livres anciens, se frotte les mains. Dans toutes les religions, il existe un ouvrage prophétique qui annonce la fin du monde. A Alep, en Syrie, la secte des Impatients prédit l'imminence de l'arrivée du Messie, caché sous le plus improbable ou le plus repoussant des déguisements. A Smyrne, en Turquie, un dénommé Sabbataï annonce la fin des temps pour le mois de juin, entraînant derrière lui des foules hystériques; même le puissant sultan de la Sublime Porte tremble. En Moscovie, le chef des Capitons incite ses ouailles à se laisser mourir de faim pour échapper au chaos final. Baldassare, lui, reste plutôt sceptique face à cette agitation - n'est-il pas dit dans les Ecritures «Vous ne connaîtrez ni le jour ni l'heure»? - mais il se laisse tout de même emporter à la poursuite d'un livre maudit, Le Centième Nom, d'Abou Maher al-Mazandarani, qu'il a eu entre les mains mais qui lui a échappé. On sait que dans le Coran sont mentionnés 99 noms de Dieu; mais il en existerait un centième, caché, qu'il suffirait d'invoquer pour gagner les faveurs du ciel. Baldassare va donc quitter Gibelet, en compagnie de ses deux neveux, Boumeh l'érudit, tenté par la mystique apocalyptique, et Habib, le noceur, ainsi que de son serviteur, Hatem. A ce groupe va se joindre Marta, une femme jadis aimée de Baldassare, qui court après un mari volage pour divorcer. Le périple, qui démarre au mois d'août 1665, va mener notre héros à Istanbul, puis dans l'île de Chio, à Gênes et jusqu'à Londres. Il y aura des enlèvements, des supplices, des meurtres, des tempêtes, des complots, des trahisons, des incendies - celui de Londres, en particulier - de l'amour aussi. Evidemment, on connaît la fin: l'année 1666 n'a pas sonné l'apocalypse. Mais les fanatiques millénaristes n'ont pas fini de faire leurs comptes!

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