Les Identités meurtrières

Publié le par Oriane


Les Identités meurtrières
est un essai écrit par Amin Maalouf.

Il se questionne sur la notion d'identité, sur les conflits qu'elle peut occasionner, sur les voies sur laquelle elle permet de déboucher. C'est un essai rempli de lucidité, de logique et d'humanisme de la part de l'auteur. Nos sociétés sont-elles condamnées à la violence sous prétexte que tous les êtres n'ont pas la même langue, la même foi ou la même couleur ?

  • Introduction Image fournie par le libraire

Amin Maalouf prend le cas d’un homme né en Allemagne de parents turcs: « Aux yeux de sa société d’adoption, il n’est pas allemand ; aux yeux de sa société d’origine, il n’est plus vraiment turc. »Plusieurs questions se posent alors : pourquoi de telles personnes ne peuvent-elles pas assumer leurs appartenances multiples ? Pourquoi sont-elles constamment mises en demeure de choisir l’une ou l’autre ? Tentative de réponse : « A cause de ces habitudes de pensée et d’expression si ancrées en nous tous, à cause de cette conception étroite, exclusive, bigote, simpliste qui réduit l’identité entière à une seule appartenance.  L’auteur se propose ensuite d’éclaircir ce constat, dans les chapitres suivants.

  • Mon identité, mes appartenances

Maalouf définit ce qu’il conçoit par les termes « identité » et « appartenanceS ». L’identité est une combinaison d’appartenances, qui évoluent au fil de la vie, qui sont propres à chaque individu, et qui sont organisées selon une hiérarchie variable. L’identité est notamment définie par le regard des autres, ou encore par des blessures marquantes (humiliations subies durant l’enfance par exemple). Partant de cette acception, une communauté se définit comme étant un groupe de personnes ayant une appartenance en commun. Un individu appartient donc à plusieurs communautés à la fois. Par exemple, Amin Maalouf est un chrétien arabophone parlant le français. 

  • Quand la modernité vient de chez l’autre

Maalouf explique comment la culture occidentale s’est imposée. Il commente également les conséquences du point de vue ‘identité’ qui en découlent chez les musulmans. De ces répercussions, il exclut catégoriquement le fanatisme religieux et explicite son raisonnement.

  • Le temps des tribus planétaires

Maalouf commence par aborder l’appartenance religieuse : à ses yeux, elle devrait être remplacée par une autre. A la question « Laquelle ? », il répond : « l’humaine ». Il dérive ensuite sur la mondialisation, qui, selon lui, si elle était bien appréhendée, serait incroyablement enrichissante culturellement. Mais si elle ne sert qu’à appuyer l’assise d’une civilisation hégémonique (comprenez, occidentale), la mondialisation ne ferait que mener l’humanité droit à sa perte.

  • Apprivoiser la panthère

Maalouf énumère quelques solutions et pistes pour apprivoiser la panthère, c.à.d. l’identité. D’abord, le principe de réciprocité, selon lequel il faut que se crée un patrimoine universel (mondial, appartenant à l’humanité), dans lequel tous pourraient se retrouver, et ainsi, primerait avant tout l’appartenance humaine. Ensuite, la mondialisation, qui s’attaque principalement aux langues, devrait être combattue par l’apprentissage de l’anglais (3ème) ainsi que d’une 2ème langue, européenne de préférence. Enfin, si l’on se réclame d’une civilisation démocratique, il faut que l’on ne vote pas « automatiquement », c.à.d. selon son ethnie, car c’est un vote identitaire, qui ne ferait que diviser, compartimenter, encourager la ségrégation alors que pour s’épanouir et coexister pacifiquement les identités ont besoin de couleurs, d’un contexte riche, et non pas de carcans bien définis dans lesquels elles seraient enfermées. Dans certains pays, la situation identitaire est plus critique que dans d’autres…"Mais partout se fait sentir la nécessité d’une réflexion sereine et globale sur la meilleure manière d’apprivoiser la bête identitaire." 

  • Epilogue

L’auteur tire ici sa propre conclusion (synthèse des idées principales des chapitres précédents) : " Il faudrait faire en sorte que personne ne se sente exclu de la civilisation commune qui est en train de naitre, que chacun puisse y retrouver sa langue identitaire, et certains symboles de sa culture propre, que chacun, là encore, puisse s’identifier, ne serait-ce qu’un peu, à ce qu’il voit émerger dans le monde qui l’entoure, au lieu de chercher refuge dans un passé idéalisé. Parallèlement, chacun devrait pouvoir inclure dans ce qu’il estime être son identité, une composante nouvelle, appelée à prendre de plus en plus d’importance au cours du nouveau siècle, du nouveau millénaire : le sentiment d’appartenir aussi à l’aventure humaine. "

Thématiques importantes

Bien évidemment, il y a l’identité, sur laquelle Maalouf s’étend en long et en large. Mais au fur et à mesure qu’on lit Les Identités Meurtrières, on note d’autres principes récurrent :

  • L’empathie, cette faculté intuitive à se mettre à la place d’autrui et de comprendre ses sentiments et ses émotion, et qui, d’après Maalouf, pourrait résoudre bien des conflits.
  • L’humanisme : selon Maalouf, l’appartenance la plus importante, mise à part la langue identitair, est sans doute l’appartenance à l’humanité. De plus, son raisonnement est empreint de respect, d’ouverture et d’équité. Enfin, il estime que tout un chacun devrait connaitre au moins 3 langues (cf. Résumé point 5).
  • La réciprocité revient aussi à plusieurs reprises. Selon lui, les échanges sont primordiaux. Ils sont en effet, à la base de ce qui pourrait être une richesse culturelle mondiale, pour autant qu’un respect s’installe de part et d’autre. Tout sur la terre devrait s’échanger : cuisine, musique, mot, découverte, etc.
  • Il s’insurge contre le besoin et/ou l’habitude contemporaine de tout catégoriser. Tout doit être classé ; il est à l’heure actuelle indispensable de coller des étiquettes à tout événement… Bien évidemment, ceci est préjudiciable pour les identités, puisque les classifier compartimente ces dernières (ce qui revient à dire que cela accentue l’idée d’une appartenance unique) et ainsi, rend les communautés facilement irritables, ce qui mène à des conflits.
  • Lorsqu’il propose des solutions (ou des pistes de solutions), il exclut toujours les extrêmes, qui ne sont (selon lui), par essence, jamais profitables. Ainsi, il favorise toujours un juste milieu.

Citations

  • Il y a deux formes de destin : un destin vertical et un destin horizontal.
  • L'identité n'est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l'existence.
  • C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c'est notre regard aussi qui peut les libérer.
  • Le fait d'être à la fois arabe francais et chrétien est une situation fort spécifique, très minoritaire, et pas toujours facile à assumer.
  • Rien n'est plus dangereux que de chercher à rompre le cordon maternel qui relie un homme à sa langue. Lorsqu'il est rompu, ou gravement perturbé, cela se répercute désastreusement sur l'ensemble de la personnalité.

Publié dans Culture

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