Le baroque - sculpture

Publié le par Oriane

En sculpture baroque, les ensembles de figures prirent une importance nouvelle, il y eut un mouvement dynamique et une énergie portée par les formes humaines – elles s’enroulent en volutes autour d’un tourbillon central, ou atteignent vers l’extérieur les espaces alentours. Pour la première fois, la sculpture baroque eut plusieurs angles de vue idéaux. Une caractéristique de la sculpture baroque fut d’ajouter des éléments sculptés supplémentaires, par exemple, des éclairages dissimulés ou des fontaines.

L’architecture, les sculptures et les fontaines du Bernin (1598–1680) donnèrent les caractéristiques hautement chargées du style baroque. Le Bernin était sans aucun doute le plus important sculpteur de la période baroque. Il s’approcha de Michel-Ange, du point de vue de ses compétences multiples : le Bernin sculptait, travaillait comme architecte, peignait, écrivait des pièces et mettait en scène des spectacles. À la fin du XXe siècle, le Bernin était très reconnu pour sa sculpture, à la fois pour sa virtuosité à tailler le marbre et sa capacité à créer des formes alliant physique et esprit. C’était aussi un bon sculpteur de bustes très demandé des puissants.


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Vue d’ensemble de la Chapelle Cornaro et de la Transverbération de sainte Thérèse.

La Transverbération de sainte Thérèse (1645–52), créée pour la chapelle Cornaro de l’église Sainte-Marie-de-la-Victoire à Rome, nous aide à comprendre le baroque. La chapelle conçue pour la famille Cornaro comme un espace auxiliaire sur un côté de l’église est un chef d’œuvre d’art total.

Le Bernin a façonné une boîte en brique formant une scène sur laquelle se pâme une sainte Thérèse de marbre blanc entourée d’un encadrement architectural de marbre polychrome révélant une fenêtre pour éclairer la statue par le haut. En léger relief, les groupes de visages sculptés de la famille Cornaro occupent des loges, le long de deux murs latéraux de la chapelle. L’observateur est placé, comme un spectateur-témoin de l’extase mystique de la sainte. Thérèse d'Avila est fortement idéalisée dans un décor imaginaire. La statue relate son expérience mystique contée aux nonnes de l’ordre des carmélites. Elle y décrit l’amour de Dieu comme une flèche brûlante perçant son cœur. Le Bernin concrétise littéralement cette image en représentant un ange, une flèche d’or à la main, tel un Cupidon, dans une posture d’inclination au dessus d’elle et lui souriant. La figure angélique plonge la flèche dans sons cœur ou la lui retire. Le visage de la sainte reflète l’anticipation de l’extase ou son épanouissement.

Le mélange de religion et d’érotisme, l’un des aspects du génie baroque, a longtemps choqué, soit la retenue néoclassique, soit la pudeur victorienne. Le Bernin, un dévot catholique, n’est pas tenté de faire la satire d’une religieuse mais d’incarner dans le marbre une vérité complexe tirée de l’expérience religieuse. Thérèse décrit sa réaction physique à l’illumination spirituelle dans un langage d’extase utilisé par de nombreux mystiques et la représentation du Bernin est sincère.

La famille Cornaro se promeut discrètement dans cette chapelle, elle est représentée latéralement, elle assiste à l’évènement depuis les balcons. Comme à l’opéra, les Cornaro ont une position privilégiée par rapport au spectateur, dans leur loge privée, au plus près de la sainte ; le spectateur néanmoins a une meilleure vue. C’est une chapelle privée, dans le sens où personne ne pouvait dire de messe à l’autel sous la statue (au XVIIe siècle et probablement jusqu’au XIXe) sans la permission de la famille ; mais la seule chose qui sépare l’observateur de l’image est la barrière de l’autel. Les fonctions de spectacle démontrent à la fois le mysticisme et la fierté de la famille.

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